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Micheline Morisset
       
 
«La Musique, exactement» de Micheline Morisset dans la collection Littérature d’Amérique en librairie depuis le 8 mars dernier. Dans une écriture mouvante tantôt dense et lyrique qui épouse autant les fluctuations de la marée que les propos, Micheline Morisset, auteure du roman «le chant des poissons rouges» nous donne à lire des pages d’une grande sensibilité. Une réflexion maritime sur le vieillissement et sur la mort de l’innocence.
 
Micheline Morisset
       
 
Micheline Morisset consacre, depuis une dizaine d'années, tout son temps à l'écriture. On trouve ses textes et critiques dans diverses revues : Les Saisons littéraires, Nouvelles fraîches, Possibles, Tangence, Virage, XYZ. Certaines de ses fictions ont également été diffusées à la chaîne culturelle de Radio-Canada. À cet égard, on lui confiait, en 1996, la recherche, la rédaction et la narration d'une série de 10 émissions de 30 minutes intitulée Arthur Buies, chevalier errant. Gagnants de trois prix de la nouvelle, dont le premier prix du 9e Concours de la nouvelle XYZ, ses textes ont reçu un accueil chaleureux de la critique. Micheline Morisset a participé à diverses activités culturelles et organisé des lectures publiques, dont la soirée littéraire des Fêtes des 300 ans de Rimouski, qui visait à rendre hommage aux auteurs de la région, toutes époques confondues.
   
 
La Musique, exactement
   
 
Vieillir, Luce n'y pensait pas. Pas tout le temps. C'était une idée qui traversait son esprit un moment et qu'elle chassait, mais voilà demain elle doit reconduire sa mère, octogénaire, au centre d'accueil. Devant les eaux du fleuve, des pensées qu'elle n'a pas réclamées reviennent la hanter comme si le sable et les algues avaient conservé les souvenirs. Voilà toute l'enfance. Ce père mythifié, trop souvent parti, qui chante à Montréal, qui la laisse à l'autre bout du monde aux bons soins de sa tante, une dévoreuse d'étoiles, et de sa mère, femme besogneuse mais combien triste. Ces grands yeux qui la regardaient et elle, Luce, qui se croyait obligée de tout réparer. Aujourd'hui, elle cherche en vain l'insouciance heureuse, la part de jeu propre aux enfants, peut-être la marée les a-t-elle jetées trop loin. Le temps nous vole une multitude de choses, ne restent souvent que des morceaux d'histoires qu'on bricole.
   
 
Elle observe du coin de l'oeil sa mère, sa mère dont la mémoire n'amasse plus rien. Luce, froidement, pense pouvoir se tenir à distance, ne pas sentir le désarroi de cette femme qui s'en va et le sait. Difficile de se terrer dans l'indifférence; les liens du coeur sont fatals.

Et parce que mourir est intolérable, l'artiste crée. Luce ficelle des milliers de petits paquets de journaux déchirés, elle ficelle, acharnée, désireuse de déposer un rai de lumière, un peu de beauté parmi les désastres annoncés. C'est sa façon de respirer.
 
La Musique, exactement
   
   
   
 
   
   
 
Dernière mise à jour : 29 février 2008
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